Interrogez l'Oracle — IA ayant tout lu du Manifeste
Le Golem a une régie publicitaire
SOUVERAINETE

Le Golem a une régie publicitaire

Vous savez ce qu’est une bibliothèque publicitaire ? C’est la vitrine que les grandes plateformes ont fini par ouvrir, sous la pression des régulateurs, pour qu’on puisse enfin voir ce qu’elles diffusent. L’idée était belle : une pièce éclairée dans le château. On y va comme on va au musée de la transparence, avec l’espoir tiède d’y trouver des mensonges de campagne électorale et des crèmes anti-âge.

Des chercheurs du Tech Transparency Project y ont récemment découvert plus de 50 annonces — images et vidéos — au contenu abusif.

Voilà. La vitrine de la transparence est devenue la scène de crime. Ce n’est pas un fichier caché sur un serveur clandestin, ce n’est pas le dark web dont on vous parle depuis vingt ans avec des trémolos de reportage télé : c’est le rayon en libre accès, celui que l’entreprise elle-même a construit pour prouver qu’elle n’avait rien à cacher.

Et la mécanique a fonctionné. Parfaitement. Selon les données de Meta, beaucoup de ces annonces n’ont touché qu’une poignée de comptes ; au moins l’une d’entre elles a atteint 2 563 comptes en Europe, notamment en France, en Allemagne, en Irlande, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne, en Suède et au Royaume-Uni. Comprenez bien ce que ça veut dire. Il ne s’est rien cassé. Le ciblage a ciblé, la diffusion a diffusé, la facturation a facturé, le tableau de bord a affiché sa jolie courbe de portée. Aucune alarme, aucun voyant rouge, aucun grincement. La chaîne d’assemblage a fait exactement ce pour quoi elle a été payée — c’est ça, le problème, et c’est tout le sujet du Manifeste : le Golem n’est jamais en panne. Il exécute.

Ce n’est pas non plus un caillou isolé dans la chaussure. Début juillet, une enquête de la BBC a révélé qu’Instagram avait diffusé des publicités faisant la promotion de la vente de ce qui semblait être du matériel pédocriminel en Inde. Deux continents, deux surfaces publicitaires, un même moteur.

Le Golem a une régie publicitaire

Et le moteur a des correspondants. Plusieurs des annonces repérées par les chercheurs du TTP renvoyaient vers une application nommée MaskAI, qui figurait dans l’App Store d’Apple. Arrêtons-nous là une seconde, parce que c’est la partie qu’on oublie toujours. On nous vend deux portes blindées. La première, c’est la revue publicitaire : rien ne passe sans validation. La seconde, c’est la revue applicative, ce fameux jardin clos dont une entreprise a fait un argument de vente pendant une décennie. Deux serrures, deux gardiens, deux services entiers dont c’est le métier. Le trajet les a traversées comme un courant d’air traverse un couloir.

Vous voulez la mesure du courant d’air ? Alexios Mantzarlis, cofondateur de la publication Indicator et ancien employé de la confiance et sécurité chez Google, dit avoir trouvé et signalé plus de 25 000 publicités pour des applications de nudification par IA sur les plateformes de Meta ces dernières années. Un homme. Un seul. Avec, on l’imagine, un navigateur, du café et une obstination de fourmi. Face à lui, une infrastructure qui pèse des dizaines de milliards, qui sait vous dire à quelle seconde vous avez ralenti le pouce sur une vidéo de chat, qui devine que vous cherchez un canapé avant que vous le sachiez vous-même. Cette machine-là ne trouve pas ce qu’un type tout seul trouve à la main. Non pas qu’elle ne le puisse pas. Elle ne le regarde pas.

Alors l’entreprise sort son chiffre. L’entreprise a précédemment déclaré avoir supprimé plus de 344 000 publicités pour des applications de nudification et engagé une action en justice contre une société hongkongaise liée à un ensemble de plateformes de nudification. Ce nombre est brandi comme une décoration militaire. Regardez tout ce qu’on retire. Regardez comme on nettoie.

Mais un compteur de balayage n’est pas une preuve de propreté : c’est un relevé de trafic. On ne vous dit pas combien d’ordures il n’y a plus dans la rue, on vous dit combien la benne en a chargé. Et une benne qui tourne à ce rythme-là ne décrit pas un incident, elle décrit un débit. C’est le paradoxe que le Manifeste appelle la gabelle numérique retournée : l’impôt que la plateforme prélève sur votre attention finance aussi la logistique de ce qui vous répugne, et le service de nettoyage devient un poste de dépense comme un autre. Une ligne budgétaire. Un coût du commerce.

Voilà pourquoi ce sujet n’est pas un fait divers technologique, mais une affaire de SOUVERAINETÉ pure. Regardez qui fait quoi dans cette histoire. C’est la plateforme qui tient le registre. C’est la plateforme qui écrit les règles de ce registre. C’est elle qui décide de ce qui est publiable, elle qui décide de ce qui est retiré, elle qui compte ce qu’elle a retiré, elle qui publie le décompte, et elle qui vous invite à trouver le décompte rassurant. Le législateur, dans cette pièce, n’a obtenu qu’une chose : la fenêtre. Une fenêtre à travers laquelle des chercheurs bénévoles et un ancien de la confiance et sécurité peuvent constater les dégâts après coup, avec le rôle exact du promeneur qui note la plaque d’immatriculation.

Le Golem a une régie publicitaire

L’État élu a délégué la police d’un espace public planétaire à une régie publicitaire. Ce n’est pas un complot, personne n’a signé de pacte dans une cave : c’est une convergence d’intérêts par pure structure — un système optimisé pour la diffusion fera de la diffusion, quoi qu’on y verse, parce que c’est sa seule vertu et son unique métrique.

On avait promis une intelligence artificielle qui déchargerait l’homme de ses corvées. Elle a commencé par la plus sale.


Sources & vérifications

Vérifié par recherche web automatisée (agy / Gemini 3.1 Pro) le 2026-08-06. Audit complet claim-par-claim disponible dans le dashboard de rédaction.

  • Des chercheurs ont découvert plus de 50 annonces contenant des images abusives dans la bibliothèque publicitaire de Meta.1
  • Au moins l’une des annonces illicites a été diffusée auprès de plus de 2500 comptes dans divers pays d’Europe.1
  • La BBC a révélé début juillet qu’Instagram diffusait en Inde des publicités incitant à la vente de matériel pédopornographique.1
  • Plusieurs publicités Meta identifiées par les chercheurs redirigeaient vers MaskAI, une application présente sur l’App Store d’Apple.1
  • Un ancien employé de Google déclare avoir trouvé et signalé plus de 25 000 publicités pour des applications de nudification par IA sur Meta.1
  • Meta revendique la suppression de plus de 344 000 publicités pour des applications de nudification et des poursuites contre une entreprise liée.1