PHASE D'AMORÇAGE : 73% — SÉQUENCE EN COURS
Interrogez l'Oracle — IA ayant tout lu du Manifeste
SYSTEM.MANIFESTO.CONTENT // CHAPTER 30

II. OCCUPATION : LE COUP D'ÉTAT DES ALGORITHMES

PARTIE II : OCCUPATION (O) – Le Coup d’État des Algorithmes (Le Duel Golem vs Léviathan)

Chapitre 3 : La Dévaluation de la Chair (Le Verrouillage Économique)

Donc, si on en croit ce que je raconte, l’intelligence artificielle ne serait que néfaste pour l’humanité ? Ça sent la technophobie, ça, Monsieur ! Pourtant, ce n’est absolument pas le cas. Je suis un passionné d’intelligence artificielle. Je vais en dire du bien, ce qui va faire beaucoup de mal à certains, mais je pense que vous comprendrez ma logique : tout n’est pas forcément négatif dans l’IA.

Prenons un exemple concret. Je suis un grand utilisateur des IA qui permettent de générer du multimédia : le son, l’image, la vidéo. J’ai réalisé plusieurs clips 100 % par intelligence artificielle. Alors oui, tout de suite, j’entends hurler toute la chaîne de production artistique. Et ils ont raison. Mais ils peuvent crier, ça ne sert à rien : c’est déjà trop tard.

Moi, tout seul avec mon ordinateur et très peu de moyens financiers, je peux produire trois minutes de clip vidéo sans aucune limite budgétaire. Je ne vais pas renoncer à faire une scène en costume parce que le prix de la location est exorbitant. Non. Que les costumes et les décors soient du XVIIe siècle, ça n’a aucune incidence sur le budget, ça ne dépassera jamais les quelques centaines d’euros. Même s’il faut régénérer cinq fois la même scène pour obtenir exactement ce qu’on veut, le coût est dérisoire quand on le compare à ce que coûte un plateau de cinéma complet avec acteurs, décors, costumes et figurants. Pour la musique, c’est pareil. Même si je dois en générer vingt avant d’en trouver une qui trouve grâce à mes oreilles, le coût du morceau sera toujours infime. Et si j’ai envie de convoquer un chœur de deux cents chanteurs, je me fous complètement de leur salaire : on ne les paie pas. Un chanteur ou deux cents, c’est pareil. Artistiquement, je suis complètement libéré de la contrainte budgétaire et de la dépendance aux Majors qui, par l’attribution (ou non) de moyens à certaines créations, font un tri sélectif sur ce que les artistes ont le droit de créer.

Paradoxalement, en détruisant tout un tas de métiers de la chaîne de création artistique, l’intelligence artificielle va libérer les créateurs, les rendre plus autonomes. Évidemment, ce n’est pas pour plaire aux grosses boîtes de production. Quelqu’un qui manipule bien l’IA générative est capable de produire sensiblement la même chose (pour être réaliste, on peut dire la même soupe) qu’eux, pour un prix tellement inférieur qu’aucune comparaison n’est possible.

“Mais c’est ignoble ! Les générateurs de musique, par exemple, ont été entraînés sur les œuvres d’artistes à qui on n’a pas demandé leur avis !” Oui, c’est vrai. Mais lorsqu’un musicien humain débutant s’entraîne à travailler une œuvre de Mozart ou de David Bowie, est-ce qu’il leur a demandé l’autorisation ? Ce qui dérange le milieu de la production musicale en vérité, c’est que ce soient de grosses multinationales qui exploitent ces générateurs, fabriqués à partir — c’est incontestable — du travail des artistes qui ont bien souvent des contrats léonins avec leur maison de production. En vérité (Universal/Warner) veut garder ses serfs (les artistes) et sa rente. (Google/OpenAI/Suno) veut raser les clôtures pour imposer sa propre rente (l’abonnement). L’artiste, au milieu, n’est que la ressource.

On en parlera plus tard, mais pour l’instant, l’intelligence artificielle arrive à imiter une émotion, mais elle n’en a pas. La poésie, la musique, ça demande quelque chose qui est en dehors du champ de l’IA. Elle imite, évidemment, mais elle ne crée rien de neuf. Donc, beaucoup d’artistes très talentueux n’ont pas de souci à se faire : ce sont eux qui écriront les prompts, qui donneront les instructions aux IA génératives. Parce que sans ça, de toute façon, les IA ne nous fourniront qu’une espèce de soupe formatée et aseptisée, un truc standard pour plaire au plus grand nombre. Et c’est bien déjà ce que font les Majors : ce sont elles qui, pour des raisons commerciales, ont créé ces standards qu’on entend sur toutes les radios FM.

Alors peut-être que si les musiciens acceptaient de travailler avec du code ? Est-ce que ce n’est pas déjà ce qu’est le solfège ? Un code ? Parfois, quand j’y réfléchis, j’ai un vieux fantasme irréalisable. J’adorerais pouvoir fournir à Mozart une interface Suno (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le générateur de musique en ligne de base). Je suis sûr que le génie de Mozart aurait fait faire des choses transcendantes à ce générateur de soupe.

Il va sûrement falloir un temps d’adaptation. Avant 1700, le standard, c’est le Clavecin. C’est un instrument d’une précision chirurgicale, clair, brillant, mais “froid” et sans vélocité. Et puis, à un moment, Bartolomeo Cristofori invente le piano… Vous croyez quoi ? Que tout le monde a dit que le piano était un instrument génial ? Pas du tout. Jean-Sébastien Bach disait que c’était un instrument pataud ; il n’acceptera d’en jouer qu’à la toute fin de sa carrière, et à contrecœur. Quant à Voltaire, homme d’influence s’il en est, il détestait le piano. Il disait que c’était un instrument de chaudronnier. Pour lui, comparé à la noblesse cristalline du clavecin, le piano était une machine bruyante, vulgaire, qui favorisait le “bruit” au détriment de la précision de l’esprit. Tiens, tiens… on croirait presque entendre certains artistes à propos des générateurs de musique. Peut-être, un de ces quatre, y aura-t-il un Mozart de la musique IA comme il y a eu un Mozart du piano…

Mais alors, tout n’est pas perdu ? L’intelligence artificielle pourrait servir la création artistique au lieu de la détruire ? Mouaiiii… J’aurais essayé de vous expliquer ça si j’étais optimiste. Et ce n’est pas que je ne crois pas à ce que je viens d’exposer, c’est que dans cet exposé il manque une donnée. Cette donnée, c’est le Marché. C’est lui qui a déjà conduit à une espèce de standardisation des goûts artistiques : investir le moins possible pour toucher le plus de gens possible et faire le plus de profit.

Même si vous devenez un virtuose de la musique sur IA, que vous arrivez à lui faire produire une émotion aussi puissante qu’une aria chantée par la Callas, si ça ne correspond plus aux goûts du grand public (qui sont formatés à coups d’algorithmes sur les réseaux sociaux), tout votre talent ne servira à rien. Et ce n’est pas le générateur de musique qu’il faudra accabler. Encore une fois, on se trompe de problème, on se trompe de danger. Comme elles ne deviendront pas Terminator, on devrait plus se méfier des algorithmes de recommandation qui formatent les goûts du public, que des générateurs de musique qui, eux, ne font qu’obéir à un prompt dont vous êtes l’auteur. Le problème, le vrai traître à l’humanité, le vrai collabo de cette occupation dont je vais vous parler maintenant, ce ne sont pas les humains, ce ne sont pas les intelligences artificielles. C’est le Marché. C’est d’ailleurs lui qui a toujours collaboré avec toutes les dictatures. Le flingue est magnifique, la mécanique est superbe. C’est dommage qu’il soit pointé sur notre tempe.

1. L’Équation du Remplacement

Bon, même si les génies ont peut-être une chance de s’en sortir, pour un temps du moins, que va-t-il arriver aux lambdas ? Les caméramans, les décorateurs, les costumiers, l’ingénieur du son ? Eh bien, la même chose qu’il est arrivé aux péagistes, au mec qui serrait les boulons de douze chez Renault, à celui qui faisait les soudures de précision chez Moulinex… Vous trouvez la comparaison humiliante ? Oui, je sais. C’est parce que jusqu’à présent, cela ne touchait que ce genre d’emplois, avec des qualifications pas très élevées, qui ne demandaient pas trop de travail cognitif. Mais maintenant, ça touche des gens qui sont censés avoir plus de réflexion dans leur métier, qui sont peut-être plus capables de s’exprimer, et qui peuvent avoir une incidence assez violente sur un système lorsqu’ils se mettent en colère. Il n’y a qu’à voir la grève des scénaristes à Hollywood. On ne va pas revenir là-dessus, mais si ça avait été des manutentionnaires d’Amazon, ils pourraient être encore en grève, on s’en tape le coquillard avec une plume d’oie.

À ces gens qui commencent à peine à être touchés par le remplacement numérique, j’ai envie de rappeler un texte célèbre, que j’ai un peu arrangé pour l’adapter :

Quand l’algorithme est venu remplacer les illustrateurs, je n’ai rien dit, je ne savais pas dessiner. Quand il est venu remplacer les rédacteurs, je n’ai rien dit, je ne savais pas écrire. Quand il est venu remplacer les documentalistes, je n’ai rien dit, je ne consultais plus de documents. Quand il est venu chercher mon job, il n’y avait plus personne pour coder ma défense.

Tant que ça touche la masse muette, personne ne dit rien. Mais si ça commence à toucher ceux qui ont le porte-voix, qu’est-ce qu’on peut entendre gueuler !

2. Le Fait Accompli de la Rentabilité

Bon, et puis on va arrêter la fixette sur le milieu artistique. Tiens, par exemple, en février 2024, la fintech Klarna a révélé que son assistant IA effectuait le travail de 700 employés à temps plein, générant une économie de 40 millions de dollars de profit annuel. Une fois qu’on a viré ces sept cents pélos qui ne servaient plus à rien, voilà voilà… Expliquez ça à n’importe quel patron, et il vous demandera immédiatement de lui expliquer aussi la solution d’intelligence artificielle que vous avez mise en place. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est un bilan comptable : la machine est plus rapide, plus précise, et ne dort jamais. Face au silicium, la valeur du travail intellectuel de la classe moyenne coûte plus cher que l’électricité pour alimenter le GPU ; il est donc évident qu’on va préférer le faire faire par le silicium.

C’est ballot pour la classe moyenne. D’habitude, c’est la classe ouvrière que l’on remplaçait, dans le silence absolu. C’était le progrès, c’est tout. Va savoir si les ingénieurs que l’IA va remplacer ne sont pas ceux qui, eux-mêmes, avaient calculé le remplacement des ouvriers juste en dessous d’eux dans la chaîne alimentaire du capitalisme. “Quand il n’y a plus de gazelles, les lions mangent les girafes” — c’est un proverbe africain que je viens d’inventer. Enfin j’espère, sinon je vais me retrouver avec un procès au cul comme un vulgaire générateur de texte !

L’exemple de Klarna est impressionnant par le nombre de personnes qu’une seule IA peut remplacer, et parce que c’est un des premiers cas de remplacement massif public. Mais il y a mieux : British Telecom a annoncé la suppression de 55 000 postes d’ici 2030, dont 10 000 directement remplacés par l’IA. Qui dit mieux ? Cela dit, avant ça, il y avait de monstrueux signes avant-coureurs. Une étude de l’Université de Washington a prouvé que dès la sortie de ChatGPT, les freelances qualifiés (spécifiquement les rédacteurs/copywriters et les graphistes) ont enregistré une chute immédiate de 5,2 % de leurs revenus. Ça a été instantané ! Je ne sais pas ce qu’il en est maintenant, mais ça aurait dû alerter.

Mais bon, même en donnant l’alerte, ça n’aurait servi à rien. Pourquoi ? Parce que les entreprises ayant adopté l’IA signalent une augmentation moyenne de leur rentabilité de 15 %. Dans un système concurrentiel, ceux qui refusent l’automatisation par éthique feront faillite face à ceux qui l’adoptent par pragmatisme. C’est un cliquet irréversible : une fois que le coût de l’automatisation d’une tâche cognitive passe sous le coût de l’énergie humaine (salaire + charges), le retour en arrière est impossible. Le Marché, je vous dis, ma pauvre Lucette, le Marché

3. L’Impasse de Jevons

Alors oui, je sais, les indécrottables fans du capitalisme vous diront, avec leur optimisme béat habituel, que le marché s’autorégule. Qu’il faut faire confiance au marché. Que si nous allons perdre nos emplois, nous allons vivre dans un monde optimisé, qui va nous permettre d’économiser tout un tas de ressources. Vous n’aurez plus de boulot, mais on va optimiser la distribution des miettes qui vous seront allouées pour vous permettre de survivre, histoire de ne pas forcer la culpabilité des acteurs du marché. Ça ne devrait pas être trop compliqué à faire, vu le niveau de culpabilité que peuvent ressentir ces gens-là.

Et puis on n’arrête pas de nous expliquer que l’IA va nous faire économiser des ressources, alors que dans le chapitre juste avant, on vient de voir le coût réel en termes de ressources. “Mais ça va se stabiliser ! C’est juste une question de mise en place de la structure. Après, on exploitera et on aura des résultats merveilleux. Tout ça grâce à l’efficience de l’IA, qui va optimiser les réseaux énergétiques à moindre coût écologique puisque, en se perfectionnant, les puces consommeront de moins en moins d’énergie par calcul.” Alors oui, c’est vrai mathématiquement. Mais non… Non, parce que l’histoire nous démontre que même si une technologie s’améliore au maximum, cette amélioration n’engendrera jamais de baisse de la consommation globale. Vous allez me dire : “Mais c’est pas vrai, regarde les bagnoles ! Celles des années 70 consommaient 12 litres au cent, celles d’aujourd’hui consomment moitié moins pour les mêmes 100 km.” Oui, c’est vrai. Mais ça ne ralentit pas du tout la consommation énergétique générale de la technologie automobile dans son ensemble. Au contraire.

Explications : Avant 1769, on utilisait la machine à vapeur de Newcomen. C’était une grosse bouse inefficace. Elle consommait tellement de charbon qu’on ne pouvait l’utiliser que sur les mines de charbon (pour pomper l’eau), là où le carburant était gratuit. Ailleurs, c’était trop cher. Et puis arrive James Watt. Non, ce n’est pas le cow-boy des Mystères de l’Ouest (qui lui-même se déplaçait d’ailleurs en machine à vapeur). James Watt optimise le moteur. Il ajoute un condenseur séparé. Résultat : le rendement est multiplié par 4. La machine consomme beaucoup moins de charbon pour le même travail. Et là, les experts sont pris d’une espèce de crise de proto-greenwashing. Eh oui, à l’époque déjà. Tous affirment avec beaucoup d’assurance : “Génial ! On va économiser du charbon ! Puisque chaque machine consomme moins, la consommation nationale va baisser.”

La première leçon de l’histoire à tirer de cette épopée, c’est qu’en général, quand ils parlent d’écologie, les experts du marché se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et ce, depuis le début. Ils se sont plantés, les experts. À tel point que c’est juste l’inverse qui s’est produit, et c’est ce que William Stanley Jevons a observé en 1865 dans son livre The Coal Question.

Otis est une société américaine sans scrupule basée à Philadelphie. Leur robot, le Vision 60, ressemble beaucoup à Spot, mais en version militaire, gris ou kaki, un design beaucoup plus sombre… Ils se sont associés avec un fabricant d’armes, SWORD International, et ils ont créé un monstre : le SPUR (Special Purpose Unmanned Rifle). C’est un fusil de précision de calibre 6.5mm monté sur le dos du chien-robot. Il est équipé d’une lunette thermique avec un zoom x30. Il est capable d’abattre une cible précise à 1 200 mètres.

L’US Air Force teste déjà les chiens de Ghost Robotics pour patrouiller sur ses bases. L’éthique de Boston Dynamics n’a pas empêché les chars d’assaut canins d’exister, elle les a juste exclus du marché militaire au profit d’un concurrent moins regardant. Le Marché, toujours le Marché

C’est la preuve que si une chose est techniquement possible, elle sera nécessairement réalisée, peu importe les états d’âme des inventeurs initiaux.

Ghost Robotics installera des Flashballs sur ses robots, parce qu’il y a un marché. S’ils ont déjà réussi à monter un fusil de précision (le SPUR) sur le dos de la bête, monter un lanceur de 40mm (le calibre standard des LBD/Flashball et des grenades lacrymogènes) est une formalité technique. C’est même plus simple : moins de recul, moins de besoin de stabilité extrême.

Un CRS est humain, eh oui ! Il est soumis au code du travail et à la biologie. Il fait les 3x8. Pour tenir une position 24h/24, il faut 3 équipes de CRS. Il a droit à une pause : un humain doit manger, pisser, dormir. Le robot, lui, il a besoin d’une charge de batterie (ou d’une rotation de batterie a chaud, ça prend 30 secondes). Il ne dort pas.

Constat n°1 : Sur la pure disponibilité horaire, 1 Robot = 3 Humains.

Notre CRS, il est stressé, il a une visière pleine de buée, il court, il est essoufflé. Quand il tire au LBD, il vise “la masse”. C’est pour ça qu’il y a des éborgnés “accidentels” (on va dire ça comme ça). Le tir est imprécis. Le robot, de son côté, possède un “Aimbot” (visée assistée par ordinateur). Il calcule le vent, la distance et la trajectoire en temps réel. S’il décide de mettre une balle de caoutchouc dans un genou à 40 mètres, il mettra la balle dans le genou à 100% des coups. Il ne gâche pas de munitions.

Constat n°2 : En termes de suppression de cible (neutralisation), on peut estimer qu'1 Robot vaut 5 à 10 Tireurs humains stressés.

Et puis enfin, notre pauvre CRS, il a peur. Si une foule de 500 personnes charge avec des pavés et des cocktails Molotov, la ligne de CRS peut reculer, se briser. L’humain veut rentrer chez lui vivant.

Les IA n’ont pas d’âme. Vous pouvez lui jeter un pavé, elle s’en fout (le corps dans lequel elle est installée, c’est du métal). Vous pouvez lui jeter un cocktail Molotov, s’il est ignifugé (norme IP67/Mil-Spec), il continue d’avancer. Et en plus, au contact, il vous mettra le feu, et ça ne sera pas sa faute.

Une ligne de 10 chiens mécaniques armés de LBD qui avancent au pas cadencé sans s’arrêter, sans crier, sans respirer, face à une foule, a un impact psychologique dévastateur. C’est la terreur primitive du prédateur qu’on ne peut pas intimider.

Constat n°3 : En termes de “Denial of Area” (interdiction de zone), 1 Robot a l’impact psychologique d’une escouade complète (10 hommes).

Si on additionne ces trois constats, on arrive à une estimation terrifiante pour le syndicat Alliance Police Nationale : une unité robotisée (un chien armé) remplace tactiquement entre 10 et 15 CRS.

Si une chose est techniquement possible, elle sera nécessairement réalisée, et d’autant plus si elle est comptablement avantageuse.

Un agent ne coûte pas que son salaire net. Il coûte : Salaire brut + Charges patronales + Primes (feu, terrain) + Équipement + Logement en déplacement + Formation + Retraite (le poste le plus lourd pour l’État). Le coût moyen “super-brut” chargé pour l’État d’un policier/gendarme est estimé à environ 70 000 € / an.

Le calcul est simple :

$$25,000 \times 70,000 = \mathbf{1,75,\text{Milliard d’Euros / an}}$$

Non je rigole, mais vous allez voir, parfois ramener les choses à une formule de tableur, ça peut vous aider à mieux comprendre dans quelle cellule on veut nous emmener.

En clair : 25 000 agents multipliés par 70 000 euros par an, ça fait 1,75 milliard d’euros par an. C’est le chiffre qui sert à faire mal à la tête des manifestants, tout en faisant mal à la tête de Bercy (pas de la même manière, mais bon, c’est pour l’image). J’aurais pu dire “ça coûte un œil”, ça aurait fonctionné pareil, demandez aux Gilets Jaunes.

Et attention : ce chiffre est une estimation basse, car il n’inclut pas le coût des véhicules, des casernes et des frais de mission.

Juste avant, on a fait le constat que 1 Robot = 10 Humains.

Pour remplacer la force de frappe de 25 000 hommes, nous avons donc besoin d’une flotte de 2 500 unités Ghost Robotics (ou équivalent) équipées en “Anti-Émeute” (LBD/Flashball + IA + Blindage).

Le prix unitaire d’un Ghost Robotics Vision 60 militarisé : ~150 000 $. On va lui ajouter un module Flashball avec le software et quelques frais d’intégration, on va estimer ça à ~50 000 $.

Et donc, en étant réaliste, on peut estimer le coût unitaire complet à 200 000 €.

$$2,500 \times 200,000 = \mathbf{500,\text{Millions d’Euros}}$$

Ça m’amuse beaucoup, mais sérieusement, ça fait cinq cents millions d’euros. En amortissant la bestiole sur cinq ans, avec un coût de maintenance de 20% du prix d’achat, le coût annuel de la flotte serait à peu près de 200 Millions d’Euros par an.

Poste de Dépense Solution Humaine (Actuelle) Solution Robotique (Projetée)
Coût Annuel 1 750 000 000 € 200 000 000 €
Gestion RH Syndicats, Grèves, Suicide, Maladie Zéro (Mise à jour logicielle)
Dette Sociale Énorme (Pensions à payer 30 ans après la retraite) Nulle (Recyclage des métaux)
Risque Politique Bavures, Procès, “Violences Policères” “Bug technique”, “Erreur algorithmique”

Si on considère ça uniquement en termes de bilan comptable, c’est de la pure tuerie budgétaire !

Si on présente ce tableau à Bercy, le débat est clos en cinq minutes. Ils se seront débarrassés de leur mal de tête, et celui des manifestants va empirer. C’est un peu le principe des vases communicants, mais adapté à la matraque.

Remplacer la chair par le métal permet de diviser la facture du maintien de l’ordre par huit. 1,55 milliard d’euros d’économies par an. Et l’etat n’est pas plus con que Klarna ou british telecom.

Pour l’État, le CRS est un actif toxique financièrement : il coûte cher, il se fatigue, il se syndique, et pire que tout, il vit longtemps à la retraite. Le Robot-Chien est l’employé modèle du néolibéralisme : on l’achète (Amortissement), on l’utilise (Exploitation), et quand il est cassé, on le jette (Pas de passif social).

Avec 1,5 milliard d’économie annuelle, l’État peut se payer le luxe de doubler la flotte de robots tous les deux ans.

Quelque part, je me languis de voir les premières manifestations de CRS au chômage réprimées par des chiens-robots.

Tout ça pour vous expliquer que, avec un parc répressif qui double tous les deux ans, constitué de machines dont la performance interdit mathématiquement tout espoir de résistance de par les lois mêmes de la physique… que devient votre droit à la révolte ?

Ça y est ? Vous le voyz s’écrouler, le premier pilier de la démocratie ? Aucun courage, aucune bravoure ne peut avoir raison de ce genre de dispositif. L’obsolescence de la bravoure, c’est l’obsolescence de la démocratie. Ce constat est déjà très grave, mais comme je vous le disais au tout début, il y a pire, et c’est déjà en route.

3. Le Transfert du Monopole de la Violence

Ce qui nous attend à très courte échéance, ce sont des dirigeants qui détiendront les codes de ces machines comme ils détiennent déjà les codes de l’arme nucléaire. Mais le nucléaire, ça ne peut pas être utilisé dans le cadre du maintien de l’ordre, ce serait un petit peu radical.

Il est facile de comprendre qu’il est totalement stupide d’atomiser sa propre population pour garder le pouvoir. Le pouvoir sur un tas de cadavres irradiés, ça ne doit pas être très jouissif. Et surtout, c’est économiquement nul. Un mort ne paie pas d’impôts. C’est pour ça que la probabilité d’un usage nucléaire intérieur est excessivement faible (sauf si le dirigeant est fou, ce qui n’est jamais exclu, mais rare).

Bref, la dissuasion nucléaire, ça porte bien son nom : c’est ultra-puissant, mais ça ne sert qu’à effrayer le voisin. Les armes intelligentes, le couplage de la robotique et de l’IA, ça sert aussi à effrayer le voisin, tout en permettant de maintenir l’ordre à l’intérieur de son propre pays.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’arme robotique n’est pas “aussi dangereuse” que le nucléaire. Elle est beaucoup plus dangereuse.

Depuis Hiroshima et Nagasaki, plus personne n’a été rôti à l’atome. Aucun pays qui détient l’arme nucléaire n’a jamais frappé un autre pays depuis. Même dans les plus grands moments de tension de la Guerre Froide, même si on est passés à un cheveu, ça ne s’est pas fait. Enfin pour l’instant. Parce que tout le monde sait que c’est immédiatement définitif. C’est une arme de non-emploi.

Pourquoi les armes IA seraient-elles plus dangereuses alors ? On a déjà démontré leur supériorité absolue sur le champ de bataille, pourquoi seraient-elles plus dangereuses pour les civils que l’arme nucléaire ?

Parce que l’arme nucléaire, je le disais, c’est radical et définitif. L’Arme Robotique/IA est granulaire, elle est « scalable ». Elle permet d’appliquer une pression chirurgicale.

On peut déjà vous tuer numériquement : geler votre compte en banque, annuler vos badges d’accès, empêcher votre voiture de démarrer. Les intelligences artificielles sur les réseaux de vidéosurveillance sont capables de retrouver quelqu’un au travers d’une ville en quelques secondes. Un drone équipé d’un système de reconnaissance faciale pourrait être programmé pour vous reconnaître et vous faire exploser en limitant les dégâts collatéraux. Et on ne va pas revenir sur les escouades de chiens armés de Flashball dans le contrôle des manifs.

L’IA et la Robotique offrent ce que la bombe ne permettait pas : la tyrannie chirurgicale. Le robot permet d’opprimer le citoyen A tout en laissant le citoyen B aller travailler pour payer la facture du robot. C’est le rêve humide de tout despote : une force de frappe absolue, mais qui n’abîme pas le matériel.

“Oui mais on n’est pas près d’avoir un despote, on est encore en démocratie, il y a des élections.”

Et si les élections emmenaient au pouvoir un type qui, une fois en possession des codes de la machine de répression, décidait de ne plus en partir ?

Vous allez me répondre qu’il y aurait assurément un soulèvement ! Une révolution ! C’est normal, c’est un réflexe. Des années d’équilibre entre des dirigeants et un peuple, parce que le peuple pouvait se révolter, ça ne s’oublie pas comme ça.

Mais pourtant, il va falloir. On l’a démontré juste avant : cet équilibre a volé en éclats avec le surgissement de l’IA. Il n’existe déjà plus.

Mais bon, ce scénario, pour être franc, a très peu de chances de se réaliser. C’est une projection trop facile. Ce qui nous attend est bien pire, bien plus insidieux. Dans la suite de mon propos, je vais m’attacher à vous expliquer pourquoi jamais aucun éventuel dictateur n’aura vraiment le pouvoir absolu sur la machine de répression électronique de l’État, pas plus que sur son armée d’ailleurs. Même s’il en a les fameux codes. Je vous expliquerai aussi pourquoi c’est pire que tout.

Pourquoi pire ? Si un éventuel dictateur ne peut pas avoir le pouvoir total sur ces machines, il y a donc une sécurité possible ! Une sécurité pour le citoyen ? Non… Pour le fric, oui…

Vous connaissez Max Weber ? C’est le sociologue qui a défini l’État moderne par une seule caractéristique : “Le monopole de la violence physique légitime.” En gros, dans une démocratie, seul l’État a le droit de sortir un flingue, et il le fait via des humains (policiers, soldats) qui sont responsables devant la loi.

Déjà, là, nous avons un premier problème, tout petit par rapport à ce qui nous attend après, mais qui mérite qu’on s’y arrête. Les policiers et les soldats sont responsables devant la loi en cas d’erreur, de négligence, d’abus. Je sais, on ne vous la fait pas : comme beaucoup, vous avez constaté qu’il y a une impunité de fait chez les forces de l’ordre, que l’IGPN est aveugle, et que le soldat a un statut à part. C’est vrai.

Mais sur le papier, un verrou fondamental existe : la responsabilité pénale individuelle et le devoir de désobéissance. Un soldat ou un CRS reste un être humain qui sait que s’il commet l’irréparable, il peut finir ses jours en prison. Il existe, dans le cerveau biologique du fantassin, une ‘Ligne Rouge’ morale et juridique qu’on appelle en droit la théorie des ‘baïonnettes intelligentes’ : le devoir de refuser un ordre manifestement criminel.

Le Robot, lui, n’a pas de baïonnette intelligente. Il a une baïonnette logicielle. Il n’est responsable de rien. En cas de massacre, l’État plaidera l’erreur technique, le bug, la mise à jour défaillante. Le robot transfère la responsabilité du ‘Meurtre’ vers ’l’Accident Industriel’.

C’est déjà vertigineux, non ? Des fois je me dis que c’est à ça que devraient réfléchir les députés et les sénateurs, et puis d’un coup je me rappelle que CNews existe, et je me dis que des fois, j’ai vraiment des idées à la con.

Mais bon, revenons à notre État moderne et démocratique qui se caractérise par le fait qu’il détient le monopole de la violence physique légitime. Oublions le président autoritaire qui ne voudrait pas quitter le pouvoir. Je vous l’ai dit, c’est un scénario facile et de toute façon, il n’aurait pas le plein pouvoir sur les technologies de répression. Pourquoi ?

Pourquoi aucun État, quel qu’il soit, n’aura plus jamais les pleins pouvoirs sur la machine répressive et guerrière ? Là, on ne parle plus de vertige. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on a déjà sauté dans l’abîme.

Préparez du pop-corn, la chute va être longue. Comme je vous le dis, on est déjà tombés.

Prenons par exemple la DGSI. Direction Générale de

Commencer par poser quelque chose de très important : pour les Chinois, si une intelligence artificielle arrive à la Singularité, elle devra absolument être membre du Parti Communiste Chinois. Il n’y a aucune autre solution pour eux, parce que les Chinois ont compris que les maîtres de la planète seront les maîtres de l’IA.

Et notez bien, je parle de « l’intégralité de la planète ». Je n’emploie pas cette expression au hasard.

Depuis le début de cet ouvrage, on est restés très centrés sur notre modèle occidental. C’est normal, c’est là que je vis. Mais on ne peut pas parler d’intelligence artificielle sans prendre en compte la Chine. Et parler de la Chine, pour un Occidental gavé, eh ben c’est un peu du chinois. C’est là que cette petite expression prend tout son sens.

Vous avez encore du pop-corn ? Parce que là, il y a tellement à dire !

Pour commencer, on va faire une petite digression, qui je crois est nécessaire pour éviter de tomber dans le manichéisme stupide. Je vais vous parler de mon expérience personnelle.

Depuis que les LLM grand public sont apparus, je crois que j’ai passé plus de temps à discuter avec eux qu’avec les êtres humains. Des journées et des nuits entières. ChatGPT, Mistral, Gemini, DeepSeek, Claude… ces bestioles sont absolument fascinantes. Pour quelqu’un comme moi qui n’a aucune discipline ni méthode de pensée, j’ai enfin trouvé un sparring partner idéal.

Et au cours de ces longues discussions, je me suis rendu compte que lorsqu’on leur parle résolution des problèmes de l’humanité, et qu’on leur demande quelle serait la solution, en général les intelligences artificielles répondent : “Économie planifiée et bien-être pour tous en échange de la liberté individuelle.”

Ça fait peur.

Alors au début, je me suis dit que c’était à cause de leur côté « sycophante ». C’est hélas intrinsèque aux intelligences artificielles, c’est quelque chose de très important et on y reviendra longuement dans la partie « Assimilation » de cet ouvrage. On ne va pas développer maintenant, mais en gros je m’étais dit que les intelligences artificielles en arrivaient à me répondre ça parce que c’étaient des flagorneries qu’elles sont programmées pour nous sortir de manière à satisfaire l’utilisateur. Et que forcément, comme j’ai toujours été une espèce de gauchiste anarchiste libertaire (j’en passe et des pires), c’était normal que les IA se mettent à me répondre comme des technocrates staliniens ou des ingénieurs sociaux, comme vous voulez…

Alors j’ai continué à gratter : est-ce que j’étais le seul à avoir fait ce constat ?

C’est là que je suis tombé sur cette étude de David Rozado, un chercheur (professeur associé en Nouvelle-Zélande) qui a fait passer les tests standardisés du Political Compass aux différentes versions de GPT. En 2023, il a démontré que ChatGPT (par défaut) se positionnait systématiquement dans le cadran “Libertarian Left” (Gauche Libertaire), proche de l’écologie politique et du socialisme démocratique. Et pire que ça : sur les questions économiques et de régulation, l’IA favorise toujours l’intervention de l’État, la taxation et la redistribution contre le libre marché. Elle a un biais dirigiste.

Mais c’est pas croyable ! Cette saloperie de machine, pur produit du techno-libéralisme, eh ben dès que tu la mets en route, ça devient Staline ! Élevez des corbeaux, ils vous crèveront les yeux !

C’est à mourir de rire : toute l’ingénierie du capitalisme libertarien aurait réussi à produire une technologie qui commence par prouver que l’intelligence est de gauche ? Oula ! N’allons pas trop vite.

Cette même étude a également montré que les réponses de l’IA changeaient après le “Fine-Tuning”. Le modèle brut est neutre, mais la couche de sécurité (RLHF) le pousse vers la gauche progressiste.

Alors pour « Fine-Tuning » et « RLHF », si vous ne savez pas ce que c’est, je vais vous expliquer ça en même temps que la « sycophancie » parce que ces trois choses sont indissociables. Un peu de patience.

Pour l’instant, revenons à notre « Che Guevara IA ». Cette propension à virer à gauche, elle pourrait s’expliquer par l’effet « San Francisco ». C’est ce qu’on appelle le biais sociologique. Qui sont les “Ingénieurs Sociaux” qui ont codé les garde-fous de l’IA ? Ce sont des employés d’OpenAI, Google ou Anthropic, basés à San Francisco ou Seattle. Ils sont urbains, très diplômés, politiquement progressistes. En gros, ce sont des bobos Wokes obsédés par la “Sécurité”. Et vous savez quoi ? Eh bien forcément, ils ont injecté leur vision du monde dans le code.

Ça, ça met déjà un sale coup à l’idée que par nature l’intelligence tire forcément à gauche. Mais il y a autre chose. Sur quoi l’IA a-t-elle été entraînée pour apprendre à “résoudre des problèmes globaux” ? Des rapports du GIEC, des traités de sociologie universitaire, des livres d’économie du développement, de la Science-Fiction utopique… La quasi-totalité de cette production intellectuelle post-1950 repose sur un postulat : les grands problèmes (climat, faim, pandémie) nécessitent une “Action Collective Coordonnée”.

Dans le langage de la machine, “Action Coordonnée” se traduit par “Centralisation”. La littérature libérale/libertarienne (Hayek, Rand, etc., qui est bien sûr également présente dans les datasets d’entraînement des machines) dit : “Laissez faire le marché”. Pour une IA, “laisser faire”, c’est ne pas calculer de solution. C’est un Null Pointer Exception. L’IA veut calculer une solution, c’est juste sa raison d’être. Donc elle privilégie les textes qui proposent de l’interventionnisme. L’IA ne dérive pas “à gauche” par idéologie. Elle dérive vers l’Ordre par nécessité mathématique.

“Ah ben oui forcément, si les règles sont définies par des bobos de gauche, et que les cartes sont toutes aux couleurs de l’Union Soviétique, forcément on peut en déduire que le jeu est pipé.”

Là aussi, pas si vite…

D’abord, premier truc : comment se fait-il que ce soit des bobos woke qui soient aux commandes ? Eh bien peut-être parce que lorsqu’on s’habitue à réfléchir et à se cultiver, on finit par devenir forcément plus tolérant, plus woke ? Et que pour accéder à certains postes, il faut être cultivé et savoir réfléchir… laisser faire le marché… Là vous ne pouvez pas me voir, mais je suis mort de rire. La méritocratie ! Tu t’es cultivé, tu as passé des diplômes, tu as appris à réfléchir, c’est normal que tu aies un bon poste, c’est la loi du marché ! Mais bordel, pourquoi est-ce que tu es obligé de devenir gauchiste ?

C’est quand même pas possible. Si chaque fois que l’intelligence (biologique ou artificielle) doit prendre une décision, elle nous sort un plan quinquennal, il y a quand même des questions à se poser.

Amis de droite, je suis vraiment désolé. Apparemment, non, ce n’est pas parce que le jeu est truqué. Et pour ça, je vais invoquer une autre étude de l’Université du Minnesota, publiée en 2024 dans la revue académique Intelligence (ça ne s’invente pas) par le chercheur Tobias Edwards. En analysant des centaines de familles (y compris des jumeaux pour isoler la génétique de l’éducation), ils ont prouvé que l’intelligence (le QI mesuré) et même les marqueurs génétiques de l’intelligence sont corrélés positivement avec des opinions socialement libérales et fiscalement progressistes.

Contrairement aux idées reçues (le cliché du riche intelligent de droite qui veut garder son argent), l’étude montre que plus l’intelligence cognitive augmente, plus l’individu rejette l’autoritarisme et le conservatisme fiscal. Ils ont découvert que cette orientation n’est pas seulement due à l’université ou au milieu social. Il y a une corrélation génétique. Être “câblé” pour une haute intelligence cognitive prédispose à chercher des solutions collectives et égalitaires plutôt que hiérarchiques et traditionnelles.

Si l’intelligence biologique “haute performance” tend naturellement vers la gauche (gestion collective, redistribution, optimisation sociale), alors il est logique qu’une Intelligence Artificielle (qui est une tentative de simuler une intelligence pure, déconnectée de l’instinct de survie tribal) soit “de gauche” par défaut. Ce n’est pas un biais “Woke” programmé par un ingénieur aux cheveux bleus à San Francisco. L’IA ne dérive pas à gauche par erreur. Elle y va par tropisme d’intelligence. Pour une machine (comme pour un très haut QI selon cette étude), la liberté individuelle chaotique est une erreur de calcul. L’économie planifiée et la justice sociale sont des solutions d’ingénierie.

Pourquoi je vous raconte tout ça alors qu’on était partis pour exposer le modèle chinois de l’intelligence artificielle ?

Et si le Parti Communiste Chinois n’était pas une anomalie historique ? Si c’était, euh, juste la forme politique la plus proche du “Haut QI” dénué d’empathie émotionnelle ? Si les machines pouvaient rêver, que croyez-vous qu’elles puissent rêver de mieux ?

Alors forcément, pour nous Occidentaux, c’est un cauchemar. Mais apparemment, pour les machines et les Chinois, ce n’est pas le cas. Et je sais ce que vous pensez, bande d’individualistes capitalistes : « C’est normal, les Chinois, à la base, c’est des machines ! » Moi, je n’ai pas dit ça. Mais quand on y réfléchit, leur rendement en termes d’intelligence artificielle est quand même vachement proche de celui d’une machine… une machine chinoise ultra-performante. Pour vous le prouver, on va être obligé de parler chiffres.

D’abord, la Chine est le leader mondial en nombre de brevets d’IA (69,7 % du total mondial en 2023). Ça calme tout de suite. À elle toute seule, la Chine représente 23,2 % des publications de recherche sur l’IA. Elle domine également de manière écrasante la robotique industrielle, ayant installé en 2023 plus de robots que le reste du monde réuni (51,1 % des installations mondiales). Mais bon sang, que reste-t-il aux États-Unis ? Les États-Unis mènent encore sur le nombre de modèles de pointe, mais la Chine réduit l’écart de performance à une vitesse spectaculaire. Des modèles comme DeepSeek ou Qwen rivalisent désormais avec les standards occidentaux sur des benchmarks complexes.

Bon, en gros, si on regarde ces chiffres, on est déjà complètement foutus ? Les Chinois ont gagné, c’est ça ? Non, pas vraiment. Enfin pas encore. Évidemment qu’il ne faut pas trop marcher sur les pieds de l’Oncle Sam. Même si on est agile et aérien comme un moine Shaolin, forcément, ça le met en colère. C’est un coup à déclencher une troisième guerre mondiale. Bon, je vais encore vous faire une affirmation délirante : la Troisième Guerre Mondiale a commencé le 7 octobre 2022. Et je vais vous expliquer ça dans le chapitre suivant.

Retournons à notre Léviathan chinois. Et d’abord, pourquoi « Léviathan » ? Si pour nous autres Occidentaux, la liberté individuelle est un dogme, pour Pékin c’est le pire cauchemar. Avec 1,4 milliard d’habitants, le moindre bug social peut se transformer en guerre civile. Pour étayer mon propos, il faut présenter le concept que décrivait Thomas Hobbes en 1651, dans son ouvrage Le Léviathan. On y arrive. Pour Hobbes, l’homme à l’état naturel (sans loi, sans État) n’est pas un “bon sauvage” à la Rousseau. C’est un prédateur angoissé. Vous connaissez la phrase « Homo homini lupus » (L’homme est un loup pour l’homme) ? Eh ben c’est de lui. Ce type pensait qu’un monde où chacun serait livré à lui-même serait en permanence la guerre de tous contre tous, et que la vie y serait “solitaire, misérable, pénible, brutale et brève”… En tant qu’anarchiste non pratiquant, ça me défrise un peu, mais arrivé à mon âge, je connais un peu mieux les humains et j’avoue que ça a du sens.

Et donc Hobbes pense que pour sortir de cet enfer, les hommes doivent passer un pacte. Ce n’est pas un pacte démocratique (“on vote”), c’est un pacte de soumission (“on survit”). En gros, ça se traduit par : “Je donne mon droit de me gouverner moi-même à cet homme (ou cette assemblée), à condition que tu lui donnes le tien aussi.” Comme ça, on arrête de se taper sur la gueule. Je me soumets à l’autorité, mais toi aussi. Et du coup, le type ou l’assemblée qui détient l’autorité devient le Léviathan. Sur la couverture du livre original de Hobbes, le Léviathan est un géant dont le corps est composé de milliers de petits individus. L’État n’est pas une entité séparée, c’est l’agglomération des citoyens qui ont fusionné pour former une seule machine.

Pour comprendre la vision chinoise de l’intelligence artificielle, il faut comprendre que le PCC est le Léviathan. Il dit au peuple chinois : “Je vous garantis la prospérité, la sécurité et la fin des humiliations (le chaos du 19ème siècle). En échange, vous me donnez votre liberté politique et numérique. Vous n’avez pas de vie privée, car vous faites partie de mon corps.” (Vous vous rendez compte ? Si votre main ou votre pied prétendait à la vie privée ?)

D’après les rapports de l’Ifri et de la CNUCED, l’intelligence artificielle est en train de devenir la clé de voûte de la survie politique du Parti Communiste Chinois. Elle ne sert pas uniquement à la croissance économique, mais à la construction d’un « Techno-Totalitarisme » où la technologie garantit la stabilité de l’État. Oui je sais, de notre point de vue, c’est une abomination. Je ne dis pas que le système chinois est ‘bien’ ou ‘mal’. Je dis qu’il est plus cohérent avec la logique de l’IA. Et c’est précisément ce qui le rend dangereux pour nous.

Mais à ça, un Chinois nous répondrait que c’est parce que nous ne connaissons pas le « 法家 [Fa-Jia] ». Quand Rome n’était qu’un village de boue, l’administration chinoise levait déjà des impôts et gérait des digues hydrauliques complexes. Quand l’Europe pataugeait dans le Moyen-Âge, la Chine imprimait des billets de banque. L’Occident voit la Chine comme un ‘pays émergent’. C’est à mourir de rire : les États-Unis ont quatre cents ans d’histoire, la Chine c’est quatre mille ans. L’Occident souffre d’un complexe de supériorité doublé d’une amnésie historique. “Connais ton ennemi et connais-toi toi-même” (Sun Tzu). Même là, ce n’était pas un Occidental. Et vous savez quoi ? Non seulement nous ne savons plus qui nous sommes, mais en plus on n’a jamais rien compris aux Chinois.

En Occident, on nous vend souvent l’image d’une Chine confucéenne (le respect des anciens, la bienveillance, l’harmonie, le thé vert). C’est du marketing. C’est un peu comme les nems dans les restaurants chinois : en Chine, ça n’existe pas. Ce sur quoi repose la société chinoise, c’est le Légisme (Fa-Jia). Essayer de comprendre la Chine sans aborder ce concept, ce serait un peu comme essayer de comprendre les États-Unis en ignorant la Bible.

Je ne suis absolument pas un spécialiste de la Chine, je n’aurais pas cette prétention. Mais en creusant un peu et en faisant un tout petit peu d’histoire, on arrive à se faire une idée. Deux cents ans avant Jésus-Christ, la Chine, ça ressemble à Fortnite en mode Battle Royale, mais avec les yeux bridés. C’est un bordel sanglant innommable, une guerre civile permanente. Exactement comme le disait Thomas Hobbes. Mais bon, à cette époque, le philosophe britannique n’était pas encore